samedi 8 février 2014

Faux écolo

Il est grand temps de me libérer du poids de mes fautes, de faire mon mea culpa, de soulager ma conscience. Bref, je tombe le masque: je suis un faux écolo !

Oui, c'est dur à avouer, mais je n'arrête pas de donner des coups de canif dans ce qui aurait dû être un contrat pur et dur avec la Nature. Lisez plutôt ma triste déposition:


 
J'achète des super-enveloppes développement durable, style forêt éternelle...
mais je les ferme à grand renfort de scotch bien chimique.
Je ne consomme plus de fraises en hiver, ni de clémentines en été, je cuisine avec le panier bio de la ferme d'à côté...
mais je craque pour les bananes des lointaines Antilles.
Cela fait des années que je ne me suis pas fait couler un bain...
mais je reste des heures sous la douche.
J'ai fortement réduit ma consommation de viande rouge...
mais je prends des filets de cabillaud, même si l'espèce est en danger: il est garanti sans arête!
Je me targue de rouler en Twingo, style cool et petit appétit...
mais c'est pour me garer facilement dans Paris, car je ne prends jamais les trains de banlieue.
J'ai remplacé l'avion par le train pour mes déplacements professionnels en France...mais c'est parce que je ne supporte plus les contrôles et l'attente aux aéroports.
Nous passons toutes nos vacances en France; fini l'autre bout du monde...
mais nous roulons souvent 1000 à 1500 km pour 3 ou 4 jours...
Mes chaussures durent 20 ans, mes costumes 10, et tout à l’avenant...
mais ma seule motivation pour réduire ma consommation est la phobie du shopping.
Vous êtes atterré, vous criez à la supercherie, au scandale, à l’inexcusable, et vous avez raison. Mais vous ne savez pas encore le pire:
Je sais que les hommes sont la principale source de tous les maux de la planète...
et j'ai quand même fait trois enfants. Il n'y a pas de quoi être fier...et je le suis quand même!
Coupable, définitivement coupable...








dimanche 19 janvier 2014

87ème District


     Longtemps je me suis octroyé la lecture de romans policiers comme une pause entre des ouvrages réputés plus complexes, plus exigeants. Exbrayat, Agatha Christie, San Antonio, James Hadley Chase,... Je sentais cependant que ces romans pouvaient bien sortir des gares.
     Un jour, un ami m'a passé un petit bijou d'un auteur américain, "Dix plus un" de Ed McBain. J'ai depuis dévoré la quasi-totalité de ses romans, entre lesquels j'intercale maintenant quelques autres textes!
      Ed Mc Bain est un précurseur de génie. Il n'a pas inventé le détective privé en gabardine élimée et feutre mou, revenu de tout, à la Humphrey Bogart, ni l'équipe de flics de choc avec mitraillette Thomson et cheveux en brosse pour lutter contre la pègre de la prohibition, style Eliott Ness, ni encore le couple d'inspecteurs, héros disparates qui donnent une épaisseur en stéréo quand le scénario est en mono, comme Starsky et Hutch.
    Non, son héros, dès 1956 (excellente année), c'est tout bonnement le commissariat du 87ème District! Simple et génial. Comme pour la Gottham mythique de Batman, le 87ème se situe au milieu de la Cité. Parée de toutes les vertus et de tous les vices (surtout) par Ed McBain, c'est Isola, le double imaginaire de New York.. Il en parle souvent comme d’une femme: Isola est certainement le véritable amour de l'auteur.
    Ce commissariat de quartier est reconnaissable à ses deux globes verts devant la porte, sur lesquels "87" est peint en jaune. L'intérieur sent la poussière, la vieille cire des meubles en bois tachés d'encre, le papier carbone des machines à écrire tapées à deux doigts, l'odeur âcre et rebutante des pochards et autres clochards  gardés la nuit dans les réduits grillagés où ils dessaoulent en hurlant leur dégoût des flics. On a chaud à en crever en été, quand l'orage n'a pas encore éclaté et que les nerfs de la ville sont en pelote, On y gèle l'hiver, quand le blizzard du nord enfile les rues à angle droit et transforme tout inspecteur faisant une planque en statue de givre.
       Et ce petit territoire policier rappelle obstinément que la loi existe. Il est une toute petite lumière vacillante, dans un monde de noirceur qui grouille, vit, survit, meurt, un monde perdu dans une course irréversible où l'argent et le sexe se mélangent plus qu'ailleurs pour former un cocktail détonnant. A Isola, la pauvreté, le vice, la drogue, la prostitution forment le socle indestructible d'une délinquance toujours en avance d'un coup sur la justice, où le pire serial killer peut être rousse et avoir de magnifiques yeux verts (Ed Mc Bain aime bien les yeux verts, surtout avec des taches de rousseur) et où les inspecteurs, des hommes et des femmes comme tous les autres, semblent bien peu aimés et bien mal armés.
     Humour, imagination débridée, l'auteur nous fait découvrir des centaines de personnages, nous dévoile leurs vies, leurs rêves, nous présente leurs métiers impossibles, comme ce spécialiste des quatrains offerts avec les bouquets de fleurs, ou ce triste sire auteur de blagues à répétition, ou encore ce vendeur par correspondance d'objets érotiques qui embauchait des aveugles.
     Comme dans les séries modernes, qui favorisent l'approfondissement de la psychologie des personnages, la communauté du 87ème se découvre, et s'apprécie au fur et à mesure des romans. Une saga qui se déroule sur 50 années (on dirait maintenant 50 saisons) sur autant de livres, une fresque vivante, vibrante, et tellement attachante. Il n'est pas indispensable de suivre scrupuleusement le déroulement chronologique, les intrigues policières tiennent et se dénouent dans chaque livre. Cependant, l'histoire du commissariat, elle, se construit tome après tome. On entre dans l'intimité des inspecteurs, le pur Steve Carella, qui déteste les romans policiers, avec son épouse sourde et muette et ses jumeaux, Meyer Meyer, chauve, patient, et plein d'humour (obligé, avec un tel nom), Bert Kling, blond à face d'ange et malheureux en amour, notamment avec l'inspectrice Eileen Burke, spécialisée dans les rôles d'appât pour détraqués, Cotton Hawes, roux, une mèche blanche là où un couteau l'avait scalpé,  Arthur Brown, noir de 110 kilos et presque deux mètres, etc... Ainsi, j'ai lu avec déchirement le dernier titre, datant de 2005, juste avant la mort de l'auteur. Certain que je ne connaîtrais jamais la suite, il faut que je l'imagine maintenant. Et ce n'est pas le dénouement de l'histoire qui me tarabuste, celui-là est présent dans le livre. Non, ce qui reste en suspension, c'est l'histoire qui s'ébauche entre le flic raciste du 83ème district  et la jeune inspectrice portoricaine...
     Oui, c'est une magnifique série, vous savez, comme celles qui laissent un vide quand elles s’arrêtent, celles qui font regarder avec envie ceux qui commencent juste à les lire…Leurs histoires et leurs vies résonneront pour longtemps dans ma mémoire. Ils s’y sont fait une petite place, plus vraie que nature, ils existent à travers moi, ils font partie de moi. Merci l’artiste.