mardi 12 juillet 2011

Oral de rattrapage

Le docteur Freud a montré comment nous devenons un être humain, comment nous construisons notre relation avec les autres en passant par plusieurs phases, orale, anale, puis génitale.
Soit!  Il s'agit là du développement vers l'âge adulte. Mais qu'en est-il de la dernière partie de notre vie?
Eh bien une fois de plus les experts des Ecumes de PAM se sont penchés sur cette question passionnante, et vous dévoilent ici-même le résultat de leurs découvertes, heureux lecteurs avides de nouveauté.
Leur conclusion, c'est que le cycle se referme sur lui-même, et que le stade oral reprend tous ses droits. Une précision: il faut être en couple, et c'est un seul des deux qui est atteint. L'autre en général ne prononce pas un mot, et rumine en regardant ses chaussures.
En voulez-vous des exemples?
Pour être au coeur du sujet, il faut faire ses courses dans un hypermarché, mais attention, seulement le week-end, quand ceux-ci sont bondés. Les couples âgés ne font pas leurs courses en semaine, alors que les rayons sont vides et les caisses rapides: non, c'est trop déprimant, il faut voir du monde! Et pour voir du monde, rien de tel que le samedi après-midi. Tant pis, on regardera "les Feux de l'amour" en différé!
Extraits de conversations prises à la volée:
- Je me demande bien pourquoi tu veux acheter des tomates, j'en ai encore vu plein dans le frigo, elles sont en train de pourrir. Tu ferais mieux de regarder avant d'acheter n'importe quoi. Et de toute façon, la dernière fois que tu en as faites, elles étaient ratées, brûlées à l'extérieur et pas cuites à l'intérieur. Je ne sais toujours pas si tu les choisis mal, ou si tu ne sais pas les cuisiner, c'est peut-être bien les deux."
- Mais non, tu t'es encore trompé. Faut que je fasse tout moi-même. Regarde, j'ai dit par paquet de 10, qu'est-ce que tu veux que je fasse d'un lot familial de 25 saucisses? Tu ne manges plus rien, et depuis qu'on est fâchés avec le mari de Cécile, plus personne ne vient à la maison."
- Je dis pas que tu les digères pas, je dis simplement que chaque fois que tu en prends, tu es de mauvaise humeur. Regarde, rien que d'en parler et déjà tu commences à faire la tête. Tu vois bien que j'ai raison."
- Moi je préfère celles de "Bonne Maman". Tu t'acharnes à essayer de les faire toi-même, et c'est trop amer, immangeable."
- Ecoute, tu pousses le caddy, tu restes dans la rangée, tu essaies de me suivre, et surtout tu ne prends aucune initiative. Tu m'attends et c'est tout."
- Je sais que tu aimes les rognons, mon chaton, alors si tu veux, je t'en prépare pour ce soir."
A vous de choisir à chaque fois si la personne qui s'exprime est homme ou femme, les rôles sont presque interchangeables.
A noter qu'une erreur s'est glissée dans le reportage. Après analyse, elle confirme la règle, le dernier couple est constitué d'une mamy et d'un angora.
Le plus remarquable, c'est que ce syndrome oral s'arrête brutalement dès que l'un des deux quitte la partie, que ce soit la(le) loquace, ou le(la)muet(te).
Cette petite chronique mettra, nous en sommes sûrs, du baume au coeur des jeunes couples, dont la densité de la vie intime est trop souvent chahutée par les vicissitudes et les trépidations du monde moderne. Ils savent qu'au bout du chemin, il trouveront l'équilibre et l'entente parfaite. Encore merci les Ecumes de PAM.

samedi 25 juin 2011

Je suis soldophobe, mais je me soigne


Longtemps pour moi, "solde" est resté un nom féminin singulier. La solde était ce que mon militaire de père touchait à la fin du mois. Rien de plus normal pour un "soldat".
Mais depuis de nombreuses années, c'est le masculin pluriel qui domine régulièrement l'actualité: les soldes.
J'allais tranquillement mercredi dernier acheter un Müesli bio sur Vélizy II, quand je sentis rapidement que je n'avais pas bien choisi ma journée. Emporté par un mouvement global de soldogenèse, je me suis vite retrouvé au Printemps, à mon portefeuille défendant. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je me suis dit que j'allais peut-être faire une bonne affaire! Je me dirigeai donc avec l'énergie d'un saumon remontant le Niagara vers mes rayons habituels. Quelle surprise: aucune chaussette beige unie en fil d'écosse n'était soldée! Par contre, les violettes fluo étaient à moins 50 %. Et quelle malchance : aucun boxer DIM de couleur n'avait l'étiquette orange magique! Les strings, oui, mais pas les boxers. Le problème, c'est que même soldés, j'attrape un rhume avec ces trucs-là.
Enfin, je vis de loin une belle pile de chemisettes blanches, avec une étiquette alléchante, "Affaire Printemps" etc. Moi, j'aime les chemisettes blanches. En fait, rien de soldé dans ces articles bien en évidence, spécialement fabriqués pour les soldes, mais non soldés. Ce qui n'arrêtait pas une armada féminine redoutablement efficace de les froisser compulsivement . Mais pourquoi un tel acharnement? "Mon pauvre ami, si tu commences à réfléchir aujourd'hui, tu passes à côté de toutes les bonnes affaires!"
Bref, je m'en suis retourné sans Müesli, remettant à plus tard également le réassort de ma garde-robe sous-vestimentaire.
Dommage, je n'ai rien dépensé! En regardant les milliers de sacs que balançaient autour de moi des consommatrices essoufflées, décoiffées, mais à la mine réjouie, je me suis senti tout triste, décalé. On m'a dit que pendant les soldes, plus on dépense, plus on fait des économies. Eh bien, je n'ai fait aucune économie! J'ai vraiment honte.
Je fais encore partie des inadaptés chroniques qui font leurs acquisitions vestimentaires pendant l'année, quand les rayons sont pleins, les allées vides, et les vendeuses avenantes. Quel nul! Je suis un représentant d'une espèce en voie de disparition qui résiste encore et toujours à l'envahissante impression qu'on le prend pour un imbécile parce qu'il paye le prix fort.
Mais j'ai l'intention de me soigner: la prochaine fois, je me laisserai tenter par l'adorable shorty transparent à - 80 %. Et tant pis si ce n'est pas ma taille: chaque fois que je le verrai dans mon armoire, je me dirai: bravo, PAM, t'as vraiment fait une affaire!
Vivent les soldes.