lundi 17 avril 2017

WWIII ?



J’ai connu le vertige au volant de ma Grand Scenic diesel de cadre… bien dans son cadre.
Vous l’imaginez, ce n’est pas la griserie de la vitesse, ni le vrombissement du 4 cylindres pépère qui en sont la cause.
Non, c’est l’écoute attentive de la retransmission du discours d’investiture de Donald Trump devant ses partisans sur l’esplanade du Capitole.
A tout le moins, cet homme ne pratique pas la langue de bois. Quinze petites minutes pour un concentré virulent de populisme racoleur, de nationalisme à outrance et de rejet de l’autre.
Sous les coups répétés de ce vocabulaire brutal, j’ai lentement eu la vision d’un gouffre qui s’ouvrait sous mes roues, la sensation glacée d’un vide qui s’installait.
Et petit à petit, sans réflexion, une expression s’est imposée dans les limbes de mon cerveau : WWIII. World War 3. La troisième guerre mondiale.
Je ne sais pas pourquoi cela m’est venu, mais j’ai dû réagir avec mes tripes, mon ventre qui, paraît-il a aussi un cerveau. Merci Nietzsche, l’intuition est plus sure que la raison, même si elle ne sait ni pourquoi ni comment.
Le martèlement médiatique permanent des malheurs de notre monde-village nous fait presque oublier que, bon an mal an, la planète est plutôt en paix depuis plus de 70 ans. Même si ce point de vue global peut faire hurler irakiens, syriens, ukrainiens, soudanais…
Mais, petit-à-petit, j’ai l’impression que l’équilibre devient moins stable.
Et que dit le président de l’état le plus puissant du monde ? « Je vais m’occuper de mes affaires, commencer par faire un vrai mur avec mes voisins, et un mur douanier avec le reste du monde. Je veux vivre heureux et caché. Quoi ? Les USA, gendarme du monde ? Très peu pour moi. Ah, les terroristes, oui, je vais m’en occuper, car ils me visent directement, mais pour le reste, « les clés du pouvoir sont dans la boîte à gants »….Vous savez, depuis que j’ai le gaz de schiste, je me soucie beaucoup moins du Moyen-Orient, et du reste du monde d’ailleurs. En clair, je laisse bien les russes, les chinois, et n’importe qui d’ailleurs, se partager le monde, tant qu’ils me foutent la paix. »
Et que voit-on, depuis?  La Russie joue déjà en solo l’arbitre de la Syrie, que va-t-elle faire en Ukraine, en Abkhazie, en Ossétie, ailleurs bientôt ? Elle commence à s’immiscer dans toutes les élections par manipulation Internet interposée. Avec les USA occupés à faire tourner les bétonnières pour leur mur, le champ est libre.
Alors voilà, « si vis pacem, para bellum. ». Les militaires et vendeurs d’armes de tous les pays peuvent se frotter les mains. Les suédois restaurent leur service militaire par peur de leur voisin russe (ce n’est pas une série télé), les colonies israéliennes prolifèrent à nouveau, et ce n’est pas un gage de stabilité pour l’avenir...Sans parler de la montée des nationalistes de tous bords dans les démocraties ébranlées, Pologne, Hongrie, Autriche, Pays-Bas, et même UK avec le Brexit horribilis. Autant de discours où le repli sur soi va de pair avec la peur de l’autre, pour aboutir à la haine. Même en France, ne croyons pas que nous saurons toujours dire non à la tentation.
Et statistiquement, plus il y a d’armes, plus on risque de s’en servir.
Heureusement, l’Allemagne et la Chine tiennent encore au monde d’aujourd’hui… C’est vrai qu’elles sont les usines de la planète, et qu’il leur faut conserver des clients prospères !
Allons, ne perdons pas espoir, la Realpolitik et le pragmatisme chinois vont peut-être sauver le monde !
PS d’avril : Trump n’est plus le gendarme du monde en effet. Non, c’est le shérif ! Il a déjà renié 4 ou 5 promesses de son investiture et son colt est encore chaud. A croire qu’il marche uniquement à l’instinct, imprévisible. Lui écoute son cerveau reptilien, ça sert à quoi le cortex, regardez Obama ! Mais bon, vais-je me sentir rassuré pour autant, quand il envoie des missiles sur Bachar, un porte-avions en mer de Corée ? La réponse est oui, et c’est terrible de l’avouer, je sais, complètement irrationnel.


vendredi 10 février 2017

Tempus fugit: carpe secundam


"Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite,
le bonheur est dans le pré, cours-y vite, il va filer."
En quelques mots tout simples, le poète n'a pas son pareil pour décrire l'impermanent, l'éphémère, le fugace.
Eh oui, il ne faut pas attendre de lendemains qui chantent ou qui scintillent. Plutôt se mettre en alerte, et engranger au fil des jours ces petits éclairs de joie inattendus, ces petits moments de bonheur inopinés, surgissant sans prévenir et disparaissant aussitôt. Ils laissent un instant dans l'âme douceur et velouté. L'Harmonie soulève un pan de sa robe dorée, et son divin écho persiste dans les têtes comme la lumière vive imprime la rétine.
   Ainsi, je suis sensible au chant des oiseaux, mais pas de tous les oiseaux! Pies, corbeaux, corneilles encrassent notre bande son, et règnent en prédateurs ailés dans les sous-bois franciliens. Je veux juste parler des gazouillants "tchîîîp" de nos virevoltants passereaux, incapables de tenir plus d'une seconde sur leur branche, sautillant à l’envi sur le sol des jardins parisiens, ivres de soleil quand le printemps les effleure. Leur piaillement impromptu me réveille et me ravit.
   Souvenir de mon enfance et des virées automobiles en famille, je suis toujours ému lorsqu'au détour d'une route de campagne, le clocher du prochain village apparaît au loin, exactement dans l'alignement de la route. Pas de grand Architecte, non, mais un arrangement parfait de l'espace et du temps, qui, dans un même élan, nous guide et nous élève.

   Quel souvenir ancien peut-il bien autant me remuer, quand ma voiture esseulée roule à la nuit noire sur une route non éclairée? Le pinceau des phares comme seule lumière, comme seul lien avec le monde, une réminiscence d’ « Empire of Light », le surprenant tableau de Magritte. Génial en forêt.

    La nuit encore, toujours bien sombre (ami psychanalyste, qu’en penses-tu?), quand passe par hasard un train, tortillard de banlieue ou TGV au long cours, mais surtout pas trop près. On ne doit voir que l’intérieur éclairé, un tube lumineux qui laisse deviner quelques passagers, et les emporte en quelques secondes vers leur destin au loin.

    J’adore aussi, au matin blême, longer une grande bâtisse encore dans les songes, lourde masse sombre et austère d’un ancien monastère ou d’un terne internat. Une seule ampoule, un seul point lumineux, première minuscule victoire contre la nuit ! J’imagine une cafetière sifflant sur un poêle Godin, et un gardien mal réveillé tendant ses mains pour les réchauffer…

    Sans crier gare, le geste machinal et parfait que fera une femme pour ramener dans le rang une mèche de cheveux indocile, enlever un gant doigt après doigt  prendre son sac à mains sans y penser, tendre la main vers son enfant… Inutile d’être en embuscade, l’attente détruit le sortilège.

Petite liste rapide, mais vous en avez d’autres, en tout cas je l’espère pour vous. Ce sont autant de « carpe diem, carpe minutam, que dis-je : carpe secundam » qui égaient le quotidien de tout-un-chacun, même s’ils durent encore moins que ce que vivent les roses, …

Faut-il encore lever les yeux.