lundi 20 avril 2020

Green Brother is watching you

Les milliers de visages des Coquelicots - un projet photo! - Nous ...Bien plus fort qu'un petit caillou mal placé dans la vessie et qui peut détériorer la santé d'un être humain, le Covid-19, bien plus petit, réussit à dégrader la santé de l'humanité toute entière. Petit assemblage de molécules, grands résultats. 
Il est bien dommage d'avoir dû passer par la dureté de cette pandémie pour se voir rappeler les bases fondamentales de notre vie : les désirs naturels et nécessaires !
Pouvoir manger et boire quand on a faim et soif, pouvoir se vêtir et se loger pour se protéger du froid, avoir des amis et philosopher, voilà ce qui suffit au bonheur épicurien. Eh oui, pas d'agapes, pas d'orgies au programme, comme l'usage de ce vocable dans la vie courante le laisserait supposer. 
Alors, dans l'huis clos de mon appartement, je me rends compte que j'ai accès à tous les ingrédients d'une vie heureuse, et le temps pour les valoriser. Seules les embrassades avec mes amis ou mes enfants peuvent manquer, mais les technologies modernes pallient en partie la distance, l'éloignement. 
Depuis le début du confinement, j'ai une pensée qui me réjouit: peut-être qu'en ce moment, je consomme moins que la part des ressources dee la planète qui m'est dévolue ! Quel bonheur de ne plus avoir la honte du pilleur.
Mon véhicule dort oublié au garage, le chauffage domestique est proche de zéro, mes déplacements en Europe sont annulés, mes seuls achats depuis un mois concernent la nourriture, fruits, légumes .... 
Bien sûr, cela ne durera pas indéfiniment, et nous replongerons dans un bel activisme civique, pour que le monde rattrape son insatiable avidité, son hystérie collective et sa pollution un instant réduite.
Ou bien... Allez, il est encore temps de rêver. En cette période où notre santé passera par un suivi à la culotte de nos déplacements, éternuements, etc..., je propose d'aller encore un peu plus loin. 
Je pense que cette chance qui a été donnée bien malgré nous à la Nature doit venir s'ancrer dans un nouveau mode de vie.
Chaque être humain sera doté d'un Ange Gardien Nature. Je ne m'intéresse pas à la technologie associée, mais au résultat : ce nouvel assistant analysera tous nos faits et gestes au regard de notre consommation. Et nous avertira dès que l'on dépassera la part qui nous est dévolue. Et si la femme ou l'homme concerné passe outre aux avertissements, notre AGN aura également à sa disposition des moyens de coercition : la voiture ne démarre plus, la nourriture transformée sous plastique et non bio disparaît du frigo, tout comme les billets pour Courchevel, le Taj Mahal, le Fuji-Yama ou Machu Picchu. La température de l'appartement diminue, etc ... C'est contraire au premier amendement, diraient les états-uniens, dont "le mode de vie n'est pas négociable"... Eh bien oui. Mais comment faire confiance à l'humanité ? A quoi serviraient les radars au bord des routes sans la sanction de la contravention? Rien de tel qu'un contrôle bien senti. Green Brother is watching you... and acting on you.
Et au fait, il n'est pas question d'acheter sa part de consommation non utilisée à un malien, un bengali ou un ouïghour, l'humanité ne doit pas avancer vers l'avenir dans un train à plusieurs classes. 

vendredi 25 janvier 2019

Parenthèse


La Terre est une parenthèse dans la vie de l’Univers, quelques milliards d’années, et pschitt, vaporisée.

L’Homme est une parenthèse dans la vie de la Terre, quelques dizaines de milliers d’années, et pschitt, oublié.

Notre parenthèse va bientôt se refermer, encore quelques centaines d’années au grand maximum : l’accroissement de la population humaine est un phénomène exponentiel, et aucun phénomène exponentiel ne dure bien longtemps dans la nature …

De toute façon, au-delà de notre nombre, d’autres prémices s’offrent à nos yeux, encore plus inquiétants.

Voici 2500 ans, les grecs imaginaient que la terre était une sphère, tout simplement parce que c’était pour eux l’objet géométrique parfait. Aujourd’hui, un américain moyen construit une fusée pour prouver que la terre est plate.

Voici 2000 ans, l’Empire romain, conquérant de nouvelles contrées, intégrait les dieux des peuples vaincus dans son panthéon mobile. Pratique ! Ainsi, de l’esclave à l’empereur, chacun adorait tranquillement ses dieux préférés. Aujourd’hui, on tue son voisin s’il n’a pas le même dieu, ou s’il n’a pas de dieu du tout. (Les chrétiens ont été martyrisés, non parce qu’ils adoraient leur dieu, mais parce qu’ils niaient l’existence des autres dieux.)

A cette époque, le même Empire romain appliquait le précepte « panem et circenses », du pain et des jeux : les administrés vivaient en paix, l’estomac rempli et la tête occupée par les distractions du cirque. C’est la même approche qui revient aujourd’hui, la pizza remplace le pain, et la réalité virtuelle enferme chacun dans une bulle étanche. Une réalité augmentée pour une vie rétrécie (merci Sylvain Tesson).

Voici 3000 ans, l’homme avait développé l’écriture, et son génie créait l’Iliade et l’Odyssée. Migrant malgré lui, rejeté sur un rivage, Ulysse était accueilli, nourri, vêtu, sans même qu’on lui demande son nom ou son origine. Aujourd’hui, 500 millions d’européens se regardent en chiens de faïence pour savoir qui va recevoir 140 mineurs cherchant à échapper à la haine et la famine sur une embarcation de fortune. 

Faisons un effort, nous qui sommes locataires de cette planète, essayons au moins de la rendre dans un état convenable pour les locataires suivants (les robots ?), et pour ses usagers historiques, les mondes minéral, végétal et animal.