vendredi 2 septembre 2011

XL ou XX ?

J'aimerais bien être une femme.
Disons plutôt que je leur envie certains côtés. Surtout en cette belle fin d'été, quand la parenthèse des vacances se referme plus rapidement et plus vigoureusement que jamais.
Bref, je me retrouve sans surprise dans mon rôle de cadre, j'en ai repris le tristounet uniforme, le morne habit qui fait le moine, l'incontournable costume. Remisés au placard, lesT-shirts et les tongs; dans la naphtaline, les polos et les bermudas. L'automne n'est pas encore arrivé que j'ai déjà revêtu la tenue d'amertume qui m'embrume. A quoi sert mon bronzage durement gagné sous cette couche opaque et standardisée? Je crie au scandale. J'erre terne et transpirant sous un soleil mort de rire,. Désormais, ma principale occupation vestimentaire consiste à choisir la couleur de mes chaussettes et de ma cravate pour ne pas jurer avec le reste. Au global, et comme l'orange fluo n'est pas de mode, j'arbore (pas du tout) fièrement un ensemble passe-partout, rase-muraille, couleur au choix de pavé mouillé, de télé déréglée ou de cuir de T-Rex empaillé.
Alors que tout autour de moi, elles évoluent, vaporeuses et légères, lumineuses et dansantes. Elles dosent au millimètre carré près l'exposition de leur peau dorée aux regards et au soleil: un peu plus par ici, un peu moins par là, Elles s'inventent tous les jours des tenues colorées, bigarrées,dont je ne connais même pas le nom. Je découvre des robes, des jupes, courtes, mi-longues, longues, des shorts, des corsaires, des chemisiers, des tailleurs, des tops avec ou sans manches, des boléros, des chauffe-bras, des tuniques, des trucs à bretelles ou sans, etc.... Sans parler des chaussures, tongs, ballerines, escarpins, bottines, bottes, des sacs (une galaxie à part entière), des bagues, boucles d'oreille, créoles, colliers, pendentifs, perles. J'allais oublier le monde capiteux des sous-vêtements, l'univers enivrant des parfums... N'en jetez plus, le vertige me prend, je n'ose aborder au continent des maquillages, vernis, poudres, rouges à lèvres,... Quel bonheur, quel océan de choix !
Je suis sûr qu'elles ont un cerveau branché spécial, avec un système expert intégré pour déterminer la tenue exacte chaque matin. Tous les paramètres sont pris en compte. En fonction de la météo, de l'humeur, de la forme, des personnes rencontrées et de l'objectif recherché, le cocktail parfait se dessine sous les yeux, surprise et couleurs à chaque fois!
Je commence à entrevoir l'immensité de la tâche que doit accomplir une femme dans ce domaine. Ce n'est pas un hasard si Zara remplace un tabac, et Etam un marchand de fromages. Maintenir à jour sa garde-robe, c'est un sacerdoce de tous les instants, un travail de Titan, un tonneau des Danaïdes toujours à remplir, un rocher de Sisyphe sans cesse à rouler, bref, l'affaire de toute une vie.
Bon. Qu'en est-il de mon côté? Je tombe tous les 3 ou 4 ans dans un guet-apens tendu par mon épouse: environ trois heures pour choisir quelques costumes, pantalons, etc...qui me feront bien de l'usage. Le renouvellement des chemises et autres cravates se fait sans douleur grâce aux anniversaires, Noëls, fêtes de pères, bien pratiques. Service minimum, mais pour moi, c'est déjà le maximum!
Finalement, à bien y réfléchir, j'aimerais bien rester un homme.

mercredi 10 août 2011

Morse (Let the right one in)

J’ai regardé Morse (Let the right one in) quatre fois en un mois. La dernière fois, c’était hier, deux heures sans discontinuer avec en bande sonore les commentaires de l’auteur/scénariste et du réalisateur. Il s’agissait plutôt d’une discussion à bâtons rompus, insistant sur des détails qui m’avaient échappé (les yeux d’Eli brillent dans le noir juste avant qu’Oskar n’allume, montrant des pupilles elliptiques …) mais aussi pleine d’humour et de petits détails sur le tournage (par – 35 °C parfois) ou la vie à l’époque (vieille Simca faisant partie du décor, jingle de la radio suédoise des années 80, etc…). Une autre manière de rester encore un peu avec ce film extraordinaire.
Surtout que Harry Potter laisse ses fidèles (dont je fais partie) seuls avec leur blues, et que la vague vampirique rouge et noir qui envahit devantures et écrans me laisse froid. En fait, c’est sur les conseils de mon fils que j’ai regardé Morse. Je l’ai regardé seul, mais c’était presque dangereux.  Quand le générique de fin s’est égrené à l’écran, j’ai compris que quelque chose d’important venait de se passer dans ma vie. Je suis resté un moment tétanisé, sous le charme et le choc, reprenant lentement mes esprits après un voyage intemporel dans ce monde si proche et si différent.
Morse est un film hypnotique, centré sur une histoire d’amour entre deux préadolescents de 12 ans.  Oskar est l’archétype du jeune suédois; il a de longs cheveux fins et blond nordique, la peau diaphane et les yeux bleus. Sa démarche est douce, mais il nous laisse entrevoir tout un côté sombre: souffre-douleur de petites frappes de sa classe, fils de parents divorcés le laissant souvent à lui-même, il est attiré par le mal, mais n’y a encore jamais versé. Eli, yeux clairs, regard et cheveux sombres, a l’apparence d’une jeune fille, mais c’est aussi un vampire, qui boit du sang frais, ne peut supporter le soleil, et attend qu’on l’invite pour entrer dans une maison. L’hiver suédois est idéal pour elle, avec ses longues nuits et ses éclairages artificiels se reflétant dans la neige omniprésente.  Même si le sang est souvent présent, notamment dans une des premières scènes, décalée avec un chien blanc inattendu sous les arbres, l’histoire ne nous est jamais martelée, tout est plutôt suggéré, comme par exemple le fait qu’Eli puisse voler.  
La première rencontre entre Oskar et Eli nous les montre dans la cour de leur immeuble, illuminée et vide. En T-shirt et pieds nus dans le froid, elle apparaît sans bruit au sommet d’un jeu pour enfants, dont elle descend d’un simple saut, enfantin et maîtrisé, pour s’approcher d’Oskar emmitouflé. Cette séquence, ce saut, c’est tout le film, surprenant et dérangeant, mais délicat et attachant.  Une alchimie entre le réalisme de cette banlieue sans âme de Stockholm, et l’intrusion violente du surnaturel, un savant dosage où la finesse des dialogues Oskar-Eli est aussi empreinte d’humour. La maîtrise de la caméra et de la bande-son nous présentent l’histoire  dans un écrin blanc et froid, lumineux et limpide comme la superbe séquence dans la piscine, apothéose à la fin du film.
Il n’est pas possible de rester indifférent devant ce chef d’œuvre poétique. Je cherche maintenant le livre, « Laisse-moi entrer », en gardant les héros imprimés dans mon cœur, qu’ils ont fait un peu plus grand.