mercredi 5 janvier 2011

Moi je veux vivre


"Moi je veux vivre, vivre , moi je veux vivre encore plus fort"
Les paroles d'Indochine me plongent parfois dans une grande perplexité, mais il faut reconnaître qu'elle collent parfaitement à leur temps et à leur public.
Ce leitmotiv en particulier, scandé comme un manifeste, me plaît infiniment.
On est loin des hindouisteries des Beatles, entourant leur gourou en robe orange et psalmodiant Hare Krishna après Halleluyah.
Pour répondre à la question "Comment être heureux dans la vie?", il vaut mieux être éternel adolescent que croyant ou philosophe.
La réponse des religions, c'est toujours le renoncement aux plaisirs, pendant le "passage" sur cette terre, pour s'assurer le bonheur éternel dans l'au-delà.
La réponse des philosophes est très proche, si ce n'est que l'au-delà est optionnel. "Le plaisir véritable est le mépris des plaisirs"dit Sénèque, etc...
Ah, on se demande si c'est vraiment la peine de passer trente années en ermite, d'errer toute une vie dans les déserts de la méditation pour en arriver à ces préceptes: "Pour ne pas souffrir dans ce monde, il ne faut rien vouloir, ne rien désirer, de peur de s'attacher, de devenir l'esclave de ses sens et de ses sentiments".
La politique des 3 singes. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. Alors c'est sûr, on ne risque pas grand chose. Ni dans un sens, ni dans l'autre. On traverse sa vie engoncé dans son corps, spectateur indifférent bien calé dans ses rails.
Mais je ne suis pas d'accord, je revendique le droit de tout voir, de tout écouter, de tout dire, de désirer, d'avoir envie, de me saturer d'émotions. Avec le risque de souffrir, oui, d'avoir des regrets, des remords, des vides à pleurer, des failles jamais cicatrisées. Mais, sinon, quoi? L'eau tiède à volonté? Je préfère me brûler, puis hurler dans l'eau glacée. Vivre encore plus fort, se prendre de grandes claques, se trouver même brisé, mais avec la fierté d'avoir tout essayé, d'avoir emprunté des voies inexplorées, d'avoir réussi parfois. Même l'échec et la déchéance sont mille fois plus respectables que la mesure, la froideur et, pire que tout, le mépris de la vie dans ce monde, avec ses odeurs et ses puanteurs, ses extravagances et ses injustices, ses Mozart et ses Milosevic.
C'est maintenant ou jamais. le passé n'existe plus, l'avenir n'existe pas. Les dieux n'ont rien à voir avec nous, s'ils existent, et la mort ne nous regarde pas, puisque, quand elle est là, nous n'y sommes plus.
Non, nous sommes seuls dans notre chemise, avec notre existence. Ici et maintenant. Ni humbles, ni orgueilleux. C'est notre dignité.
Si le hasard nous a placés sur cette petite planète, sans Eden et sans Enfer, il est temps de songer à vivre à fond, sous haute tension.
Quand nous nous endormirons pour l'éternité, il sera bien temps de se reposer.

mardi 4 janvier 2011

Cornouailles



L'été dernier, j'ai eu la chance de naviguer sur un voilier pendant trois semaines. Cabotage le long de la côte sud de l'Angleterre, Cornouailles et Devon.
Ne nous méprenons pas sur le mot "sud". Fortement évocateur, il devient, comme souvent chez nos voisins d'outre-channel, un vrai faux-ami.
C'est ce que m'a confirmé mon médecin en me prescrivant récemment des doses de vitamine D.
Alors pourquoi la chance?
Parce que, au-delà d'une belle histoire d'amitié, quelques heures de navigation depuis la riante Bretagne nous font basculer dans un monde totalement différent de celui auquel l'esprit français nous a habitués.
Le premier choc, en découvrant la terre anglaise (une fois la brume levée), c'est l'accueil. Le "harbour master", impeccablement sanglé dans son costume avec cravate et casquette, tourne fièrement autour de notre voilier, et nous parle en français.
Nous sommes dirigés vers un espace libre à quai, et la découverte continue une fois les amarres tournées. Tous les havres, tous les ports, toutes les rivières remontées vont conforter notre première impression : nous sommes dans une communauté de la mer. Rivière de Fowey par exemple: des mastards torse nu se font hurler dessus pour tirer encore et encore sur des rames rétives, dans l'espoir fou de vaincre l'équipe du port voisin.. Des toutes jeunes blondinettes pas frileuses font des ronds dans l'eau en Optimist autour des chaînes ancrant un bâtiment de guerre de sa gracieuse Majesté. Les yachts les plus luxueux côtoient les gloutes les plus misérables, et leurs propriétaires respectifs se saluent avec le même flegme. Pas de vols sur les marinas ouvertes à tous, et d'excellents plats tout préparés sont le repos et le régal du marin.
On se sent bien, avec un petit pull. On a l'impression que ces sud-anglais font partie d'une communauté. Quelle que soit leur vie, leurs origines, leur trajectoire, on sent qu'ils ont été élevés sur un socle commun.
Opinion toute personnelle, certainement balayée par le premier érudit venu: la culture anglaise est une culture de marins, îlienne de surcroît. Le sentiment d'appartenance est fort, comme sur un voilier la notion d'équipage.
En comparaison, la culture française s'est nourrie aux mamelles du labourage et du pâturage. Et le sentiment paysan n'a jamais été très communautaire. Le mot "partageux" a même été choisi comme insulte.
J'ai bien peur que l'on me taxe de francophobie forcenée à lire ces lignes. Loin de moi pareille pensée, précisé-je derechef. Mais il faut bien reconnaître que nous avons toujours du mal à regarder au-delà de nos frontières pour voir si, par hasard, des étrangers auraient pu trouver des réponses meilleures ou au moins différentes à des questions communes....Bien improbable, me direz-vous, alors que nous avons l'ENA et le concours Lépine... Je suis bien d'accord avec vous. J'aurais juste envie de donner un peu à penser à ces dirigeants sûrs d'eux-mêmes et de l'infaillibilité de leurs choix....
Mais j'ai bien peur que l'idée qui émerge soit de transformer la France en île ou de faire un grand mur tout autour... pas une bonne idée!