mardi 21 septembre 2021

Carton rouge pour planète verte

 

Hadès fit peser sur l'assemblée son regard rouge feu cerné d'anthracite.
- Ô mes féaux infernaux, je rappelle que notre objectif commun et prioritaire est la réduction drastique du nombre d'humains, pour éviter la destruction complète de la planète. J'attends de bonnes nouvelles de votre part. Zeus notre roi ne supportera plus nos cafouillages récents, il veut des résultats immédiats. Aussi, entrons sans plus attendre dans le vif du sujet,  Perséphone, c'est à toi."   
- Merci, Ô Hadès. Pour mémoire, je gère la préparation des Enfers à la surpopulation qui suivra l'hécatombe humaine. Aujourd'hui, je tiens à vous rassurer, nous sommes prêts: la barque de Charon a été remplacée par une noria de radeaux mis au point par Méduse, et nos vastes champs d'asphodèles ont été organisés en camps d'accueil qui ne dépayseront pas de nombreux mortels."
- Bien, ma chère épouse". Hadès se tourna alors vers les Erynies. "Mais encore faut-il que des myriades d'humains périssables périssent ! Alors, où en êtes-vous?" Alecto se racla la gorge et prit la parole.
- La mission qui nous est dévolue, à mes soeurs et à moi-même, c'est la pandémie. Il faut reconnaître que nous avons failli en employant les recettes habituelles. La peste, la variole avaient longtemps donné des résultats merveilleux, même la grippe espagnole, et cette Covid19 bien vicieuse avait tout pour être un large succès planétaire! Mais c'était sans compter sur les connaissances médicales de ces mortels, et surtout sur leur capacité à se surpasser dès qu'un grand profit se profile." 
- On sait, on sait, mais il n'est plus temps pour les excuses ni les explications: quels résultats ?"
- Euh, médiocres, marginaux. On mise maintenant sur le variant Mu, mutant à la fois beaucoup plus contagieux et nettement plus dangereux. Il faut pour cela que le Delta circule encore, et nous utilisons désormais tous les outils à notre disposition pour y arriver: appels libertaires contre la dictature sur les réseaux sociaux, manifestations anti vaccin, ... Nous avons beaucoup appris."
Hadès poussa un long soupir, qui fit fondre le chandelier en bronze allumé devant lui. " Vous avez fort appris, j'en suis bien aise, mais je ne vous fais plus confiance, et c'est trop tard."
Minos, le juge des Enfers, prit alors la parole:
-  Ô Hadès qui vit sous terre, je vais te dire où nous en sommes grâce au concours de la Nature. Heureusement, l'attrait des mortels envers l'huile de pierre puante, ce qu'ils appellent le pétrole, reste au plus haut, et creuse leur tombe jour après jour.  A l'heure où je te parle, l'air et les eaux qui entourent la planète deviennent incontrôlables. Le char de Phoebus brûle des contrées entières sur son passage, affamant mortels et troupeaux. Le trident de Poséidon déclenche des tempêtes et des inondations ravageuses qui n'ont pas d'équivalent dans l'histoire. Le dieu des mers prépare des éruptions et des tsunamis avec l'aide de son neveu Héphaïstos, le forgeron des dieux, qui accumule et excite les immenses océans de lave souterraine." 
La réaction de Hadès ne se fit pas attendre.
- Nom de Zeus, Ô Minos, je crois que tu n'as rien compris ! A quoi nous servira donc une planète totalement dévastée? Ne vois-tu pas que le remède est pire que le mal ?" 
Suivit un long moment de silence souterrain où l'on n'entendit plus que le grondement lointain des Titans enchaînés au fin fond du Tartare obscur. Puis Hadès parla à nouveau.
- Soit, je crois qu'il va me falloir bientôt prévenir Zeus. Je ne vous cache pas que nous avons maintenant de grandes chances de repartir à zéro, toutes et tous. Il va nous falloir abandonner Vénus et recréer notre monde sur la Terre. En évitant de recommencer les mêmes erreurs. "

dimanche 31 janvier 2021

Voeux 2021


 Chers ami(e)s lectrices et lecteurs,

Même si l'usage de ce substantif (ami) est galvaudé et usé jusqu'à la corde, je pense l'employer ici à bon escient et dans son acceptation initiale, ami vient d'amare qui veut dire aimer....et qui a aussi donné amarrer, plutôt pour le mariage.
Bref (voeu pieux),
Il n'est que temps de me lancer dans une occupation que j'avais laissé prendre la poussière sur les étagères encombrées de mon inactivité: la présentation des voeux en début d'année.
Comme vague excuse de cette carence, je me suis caparaçonné de bonne conscience: voilà, j'étais anesthésié par la froidure et la dureté de l'ambiance générale, qui ne prêtait pas à rire, ni même à sourire.
Oui, mais franchement, c'est difficile de réfréner le frémissement qui agite le bout de mes doigts trop longtemps inactifs. 
Rebref (néologisme teinté d'oxymore),
Il semble que les voeux de cette année aient une résonance particulière, que le climat anxiogène nous pousse à nous serrer les coudes (e-serrer d'ailleurs). 
Tout d'abord, j'ai une pensée émue pour tous les autres virus, staphylocoques, streptocoques, salmonelles, etc... qui survivent péniblement, et n'ont trouvé refuge que chez les contempteurs du masque et du gel hydroalcoolique. Heureusement qu'il y a des Trump ou des Bolsonaro pour leur donner un petit coup de pouce. Que ces bestioles bien de chez nous retrouvent enfin toute leur place en 2021, usurpée par la toute-puissance du Corona. Quelle idée aussi de lui trouver un nom couronné, cela lui a forcément donné des idées "et j'ai Monique" (ah, attention au correcteur automatique). 
Ce qui me frappe aussi, c'est qu'en écoutant et regardant tous les reportages possibles, mon Dieu qu'elle devait être belle la vie d'"avant". Alors, j'émets le voeu de pouvoir à nouveau revivre rapidement avec vous cet âge d'or et regoûter aux fruits sucrés de ce merveilleux Eden dont nous sommes les heureux habitants et les vigilants jardiniers. 
Que les vraies valeurs humaines qui nous ont tant fait rêver reprennent enfin toute leur place: 
le devoir de croître et de se multiplier, 
la liberté de consommer sans entraves, d'épuiser sans contraintes, de tourister sans limites,
la liberté de rire de tout, sauf bien sûr des religions, des minorités sexuelles, etc,
le plaisir féminin (sans cesse renouvelé) d'embrasser tous ses collègues le matin (2, 3 ou 4 bises ?),
le droit de porter une arme, ben oui, pour se défendre contre ceux qui ont une arme, et contre ceux qui n'en ont pas,
le droit de penser que la terre est plate, ronde, et que le 18ème trou du golf de Trump en est le centre naturel,
l'égalité devant le réchauffement climatique et la biouniformité,
et puis la fraternité retrouvée en vociférant après plusieurs verres (ou non) dans les gradins d'un stade ou simplement derrière une bannière, n'importe quelle bannière.
Ah vivement avant, j'ai hâte.
E-bises à toutes et à tous.

jeudi 30 avril 2020

Déconfit-né


Après 42 années de plus ou moins bons mais toujours loyaux services, je me suis mis en retrait de la vie active, comptant sur les générations à venir pour subvenir à mon existence.
Par extraordinaire, ce passage dans la case « retraité » a eu lieu en plein confinement.
Vous dire combien j’étais heureux de cet improbable concours de circonstances. Mon côté ours / reptile / thalamique a rapidement vu tout l’avantage qu’il pouvait tirer de cette originale situation. Moi qui avais de plus en plus souffert ces derniers temps des rendez-vous à honorer, des trains et des vols à ne pas manquer, des délais à respecter, quelle joie !
Mais attention, il ne faut pas croire que ce soit chez moi comme au sein de l’abbaye de Thélème chère à François Rabelais et dont la devise était « Fais ce que voudras ». Je me suis confectionné (avec accord de mon gouvernement) un emploi du temps certes souple, mais qui donne une structure de base à mes longues journées d’inactif. S’y mêlent soins personnels « naturels et nécessaires », travaux domestiques et administratifs, gestion attentionnée du jardin, occupations culturelles livresques, musicales ou télévisuelles, sans oublier le plaisir sans fin de l’écriture. Quelques coups de téléphone, SMS ou FaceTime (qui permet à mon petit-fils de toujours me battre, quel que soit le jeu choisi !). Et voilà de quoi satisfaire à mon bonheur.
Or qu’apprends-je ? J’y goûte à peine, et l’on voudrait déjà me replonger dans le maëlstrom de la vie d’avant ! Je suis pris de court.
Alors que je n’ai pas encore terminé la lecture des Essais de Lucky Luke ? Alors que je n’ai même pas entamé la re-vision des 5 saisons d’Ally McBeal ? Alors que je viens juste de terminer le prologue de mon livre débuté voici 4 ans ? Alors que je n’ai pas encore profité de ces moments magiques, où je n’attends rien, ne prévois rien, ne désire rien. C’est tellement nouveau pour moi, cette dernière sensation, moi qui étais toujours programmé pour me projeter vers tel objectif indispensable, telle échéance incontournable, tel avenir lumineux. Chaque fois que je m’arrêtais quelques minutes, assis sur un canapé ou une chaise longue, ma mauvaise conscience venait tout de suite me tenir compagnie : « Mais que fais-tu là ? Es-tu certain que tu n’as pas mieux à faire, quelque chose en retard, quelque chose d’important ? ».
Oui, j’ai encore du chemin, mais je veux réussir à savourer le rien. C’est dur, après le conditionnement de toute une vie. Alors, si ce confinement dure encore un peu, j’y arriverai ! 
S’il-vous-plaît, déconfinons, soit, mais vraiment très très progressivement. Et franchement, si l’on se rend compte que la situation se détériore un tant soit peu, hop, sursoyons. 

lundi 20 avril 2020

Green Brother is watching you

Les milliers de visages des Coquelicots - un projet photo! - Nous ...Bien plus fort qu'un petit caillou mal placé dans la vessie et qui peut détériorer la santé d'un être humain, le Covid-19, bien plus petit, réussit à dégrader la santé de l'humanité toute entière. Petit assemblage de molécules, grands résultats. 
Il est bien dommage d'avoir dû passer par la dureté de cette pandémie pour se voir rappeler les bases fondamentales de notre vie : les désirs naturels et nécessaires !
Pouvoir manger et boire quand on a faim et soif, pouvoir se vêtir et se loger pour se protéger du froid, avoir des amis et philosopher, voilà ce qui suffit au bonheur épicurien. Eh oui, pas d'agapes, pas d'orgies au programme, comme l'usage de ce vocable dans la vie courante le laisserait supposer. 
Alors, dans l'huis clos de mon appartement, je me rends compte que j'ai accès à tous les ingrédients d'une vie heureuse, et le temps pour les valoriser. Seules les embrassades avec mes amis ou mes enfants peuvent manquer, mais les technologies modernes pallient en partie la distance, l'éloignement. 
Depuis le début du confinement, j'ai une pensée qui me réjouit: peut-être qu'en ce moment, je consomme moins que la part des ressources dee la planète qui m'est dévolue ! Quel bonheur de ne plus avoir la honte du pilleur.
Mon véhicule dort oublié au garage, le chauffage domestique est proche de zéro, mes déplacements en Europe sont annulés, mes seuls achats depuis un mois concernent la nourriture, fruits, légumes .... 
Bien sûr, cela ne durera pas indéfiniment, et nous replongerons dans un bel activisme civique, pour que le monde rattrape son insatiable avidité, son hystérie collective et sa pollution un instant réduite.
Ou bien... Allez, il est encore temps de rêver. En cette période où notre santé passera par un suivi à la culotte de nos déplacements, éternuements, etc..., je propose d'aller encore un peu plus loin. 
Je pense que cette chance qui a été donnée bien malgré nous à la Nature doit venir s'ancrer dans un nouveau mode de vie.
Chaque être humain sera doté d'un Ange Gardien Nature. Je ne m'intéresse pas à la technologie associée, mais au résultat : ce nouvel assistant analysera tous nos faits et gestes au regard de notre consommation. Et nous avertira dès que l'on dépassera la part qui nous est dévolue. Et si la femme ou l'homme concerné passe outre aux avertissements, notre AGN aura également à sa disposition des moyens de coercition : la voiture ne démarre plus, la nourriture transformée sous plastique et non bio disparaît du frigo, tout comme les billets pour Courchevel, le Taj Mahal, le Fuji-Yama ou Machu Picchu. La température de l'appartement diminue, etc ... C'est contraire au premier amendement, diraient les états-uniens, dont "le mode de vie n'est pas négociable"... Eh bien oui. Mais comment faire confiance à l'humanité ? A quoi serviraient les radars au bord des routes sans la sanction de la contravention? Rien de tel qu'un contrôle bien senti. Green Brother is watching you... and acting on you.
Et au fait, il n'est pas question d'acheter sa part de consommation non utilisée à un malien, un bengali ou un ouïghour, l'humanité ne doit pas avancer vers l'avenir dans un train à plusieurs classes. 

vendredi 25 janvier 2019

Parenthèse


La Terre est une parenthèse dans la vie de l’Univers, quelques milliards d’années, et pschitt, vaporisée.

L’Homme est une parenthèse dans la vie de la Terre, quelques dizaines de milliers d’années, et pschitt, oublié.

Notre parenthèse va bientôt se refermer, encore quelques centaines d’années au grand maximum : l’accroissement de la population humaine est un phénomène exponentiel, et aucun phénomène exponentiel ne dure bien longtemps dans la nature …

De toute façon, au-delà de notre nombre, d’autres prémices s’offrent à nos yeux, encore plus inquiétants.

Voici 2500 ans, les grecs imaginaient que la terre était une sphère, tout simplement parce que c’était pour eux l’objet géométrique parfait. Aujourd’hui, un américain moyen construit une fusée pour prouver que la terre est plate.

Voici 2000 ans, l’Empire romain, conquérant de nouvelles contrées, intégrait les dieux des peuples vaincus dans son panthéon mobile. Pratique ! Ainsi, de l’esclave à l’empereur, chacun adorait tranquillement ses dieux préférés. Aujourd’hui, on tue son voisin s’il n’a pas le même dieu, ou s’il n’a pas de dieu du tout. (Les chrétiens ont été martyrisés, non parce qu’ils adoraient leur dieu, mais parce qu’ils niaient l’existence des autres dieux.)

A cette époque, le même Empire romain appliquait le précepte « panem et circenses », du pain et des jeux : les administrés vivaient en paix, l’estomac rempli et la tête occupée par les distractions du cirque. C’est la même approche qui revient aujourd’hui, la pizza remplace le pain, et la réalité virtuelle enferme chacun dans une bulle étanche. Une réalité augmentée pour une vie rétrécie (merci Sylvain Tesson).

Voici 3000 ans, l’homme avait développé l’écriture, et son génie créait l’Iliade et l’Odyssée. Migrant malgré lui, rejeté sur un rivage, Ulysse était accueilli, nourri, vêtu, sans même qu’on lui demande son nom ou son origine. Aujourd’hui, 500 millions d’européens se regardent en chiens de faïence pour savoir qui va recevoir 140 mineurs cherchant à échapper à la haine et la famine sur une embarcation de fortune. 

Faisons un effort, nous qui sommes locataires de cette planète, essayons au moins de la rendre dans un état convenable pour les locataires suivants (les robots ?), et pour ses usagers historiques, les mondes minéral, végétal et animal.

jeudi 24 janvier 2019

Chronique de la malchance ordinaire


Mais pourquoi ai-je toujours le chic pour choisir la caisse Auchan avec un stagiaire méticuleux?
Pourquoi l’automobiliste devant moi met-il son clignotant à gauche et reste bloqué juste quand le feu passe au vert ?
Pourquoi, quand je me gare en urgence, le « P » que j’avais pris pour « Parking » est-il en fait celui de « Police » ?
Pourquoi l’assiette de spaghettis à la bolognaise de mon voisin (je n’en prends jamais) se transforme-t-elle en base de lance-gouttelettes  ?
Pourquoi pleut-il quand j’ai oublié mon parapluie ?
Pourquoi est-ce toujours après plusieurs heures de travail sur un fichier que je le quitte sans le sauvegarder ?
Pourquoi mon train est-il toujours le dernier affiché, juste quelques minutes avant le départ ?
Pourquoi ma carte de paiement attend-elle le passage au péage d’autoroute pour glisser dans la doublure, tout en bas de la veste ?
Pourquoi mon jean un peu trop serré rétrécit-il au lavage, alors que mon pull un peu trop grand s’allonge ?
Pourquoi, à la boulangerie, la personne devant moi prend-elle la dernière baguette tradition, celle qui est sur la liste que je froisse dans ma main ?
Pourquoi, de manière générale, suis-je toujours derrière quelqu’un qui fait obstacle à mon bien-être (trop lent, trop stressé, trop mou, trop …) ? 

Je ne suis peut-être pas le seul à avoir ce lourd sentiment d’injustice au quotidien, mais au moins, moi, je sais pourquoi je dois payer chaque jour mon écot d’infortune.
C’est qu’une fois dans ma vie, j’ai eu beaucoup, beaucoup de chance. Et depuis, la balance est toujours bloquée sur le positif.

Eh oui, j’ai eu le bonheur de rencontrer très jeune ma future femme.

dimanche 27 mai 2018

Sang, sueur et larmes


Notre pays est sans aucun doute l’un des ceux où la vie est la plus pénible au monde. Heureusement, la communauté planétaire a pitié de nous et nous soutient dans nos épreuves :

  • Les chauffeurs de pick-up trucks à mitrailleuse du Moyen-Orient sont scandalisés par notre passage de 90 à 80 km/h sur les routes sans séparation en campagne,
  • Les jeunes yéménites, alphabétisés à 15 %, sont emplis de compassion devant la complexité de notre nouveau dispositif Parcoursup d’entrée dans les études supérieures,
  • Les soudanaises aux troupeaux morts de faim sont effarées par les affres que traversent nos concitoyennes désireuses de mincir avant d’exposer leur corps au soleil sur les plages,
  • Les malades en République Centrafricaine (plus faible taux de médicalisation au monde) sont anéantis par l’explosion des temps d’attente aux urgences dans nos hôpitaux,
  • Les anciens en Sierra Leone, dont l’espérance moyenne de vie est de 48 ans, sont consternés par la gestion si onéreuse de nos EPHAD,
  • Les femmes nigérianes sous la menace de Boko Haram sont accablées par la consommation (record mondial) d’anti-dépresseurs dans notre pays,
  • Les migrants syriens et africains qui embarquent à l’heure prévue sont dévastés par nos galères à répétition dues aux grèves aériennes et ferroviaires…

Comme quoi, dans notre quotidien français si âpre, si rude, si dur, nous savons que nous ne sommes pas seuls, et que nous pouvons compter sur le soutien moral et affectif de nos frères humains.

Et, pour finir sur une note d’espoir, une bonne nouvelle : les habitants de la Gambie, pays le plus pauvre de la planète, ont applaudi à tout rompre en apprenant la suppression de notre ISF !

vendredi 27 avril 2018

Accros aux accrocs


Le futur Napoléon III avait écrit un texte d’actualité à son époque: « De l’extinction du paupérisme » (avant de se l’appliquer à lui-même).
Il serait désespéré de voir aujourd’hui ces malheureuses et malheureux déguenillés errer dans les rues ou le métro. Ah, ils peuvent bien citer Rimbaud : « Mon unique culotte avait un large trou ».
En fait, il faudrait déciller les yeux de Louis-Napoléon: dans la majorité des cas, ce misérabilisme vestimentaire est un choix délibéré ! Napoléon "le petit" serait encore plus incrédule s’il apprenait que ces ruines de pantalons sont plus chères que ceux sans-trous.
Quant à moi, je suis toujours attristé par ces dégradations volontaires. Pas trop d’ailleurs par les messages qu’elles véhiculent.
Comme message, on peut par exemple penser à:« Vanitas vanitatum et omnia vanita », vanité des vanités, tout est vanité, tout est vain, tout passe, tout est éphémère : « Frère, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière. » C’est un beau message, pas très dynamisant, mais honnête.
On peut aussi imaginer: « Tu as vu la bête qui se cache en moi ? J’ai affuté mes griffes en plein émoi, t'as vu l'résultat ?… » Pourquoi pas, il doit y avoir un public intéressé.
On a aussi : « J’ai pas choisi de naître, hein, et la vie est courte. Alors, OK, je suis assis à côté de toi, pauv’ bouffon étiqueté petit costume/petite chemise/petite cravate/petite serviette, mais moi je ne joue pas à ton petit jeu, je brûle ce que tu adores, et j’adore ce que tu aimerais brûler. » Ce n’est pas fait pour me déranger outre mesure. Et je mets très peu de cravates.
Non, ce qui me dérange, ce qui heurte ma relation à la nature, c’est le geste même de la détérioration : l’entropie, le temps et la débauche d’énergie mise en jeu pour vieillir ces jeans à coups de sablage, microbillage, blanchiment, sciage, écorchage, râpage…autant de processus énergivores, polluants, d’un autre temps.
A l’époque du vegan, du bio, du retour aux sources, il faudrait que les seuls trous aux jeans soient naturels, qu’ils soient le résultat de centaines d’heures passées sur des selles rugueuses de cow-boys, ou sur les mottes d’argile, à genoux devant les poireaux et les potimarrons. Alors, là, oui : témoins et porteurs d’histoires et de valeurs humaines, ils mériteraient d’être très chers.

dimanche 22 avril 2018

Le pouvoir du Nous


Une publicité a attiré mon regard, récemment, et je me suis arrêté un moment pour en savoir plus.
Après lecture rapide de l’affiche, il s’est avéré que la pub émanait d’un organisme bancaire, participatif ou coopératif.
Le «pouvoir du Nous », c’est juste un slogan, genre l’union fait la force financière.
J’étais un peu déçu, j’avais cru qu’il s’agissait d’un manifeste pour la prévalence de la raison humaine : le Noûs de la philosophie grecque, l’esprit, l’intellect, la raison universelle.
La résurgence d’une des idées force du siècle des Lumières, c’était trop beau.

Je suis reparti en regardant mes chaussures de tennis, et en chantonnant machinalement : « Tous ensemble, tous ensemble, … ».
C’est fou, le pouvoir du nous, c’est fort, le pouvoir du corps,  c’est c.., le pouvoir du on!

jeudi 12 avril 2018

La ligne rouge




Je trouve nauséabonde et indécente cette mise en scène de l’escalade va-t-en-guerre orchestrée par les dirigeants occidentaux bien-pensants, et reprise fidèlement par nos médias impassibles.
Massacre de civils à la bonne bombe incendiaire de chez nous ? Mais oui, pas de problème, M. Assad.
Massacre au chlore? Ah, attention !
Massacre au gaz Sarin? Ah non, Monsieur Assad, non, non, non, vous avez franchi la ligne rouge: il faut savoir massacrer proprement !

La guerre en Syrie a causé la mort de plus de 100 000 civils depuis 2011, cela fait beaucoup de monde dans leur beau jardin du Paradis. On peut imaginer leurs discussions :
 « Eh bien, Adnan, toi aussi tu as succombé sous les bombes du régime alaouite ? »
« Absolument, mon cher Usama, mais moi, j’étais de l’autre côté de la ligne rouge ! Oui Monsieur, moi, c’est le gaz Sarin qui m’a tué ! »
« Ah, Adnan, tu peux en être fier, tu as droit à tout mon respect et à toute mon admiration. Indigne vermisseau que je suis, je reste de mon côté de la ligne, et ne viendrai plus te déranger avec ma mort insipide.»

Et voilà que l'on ose instaurer une hiérarchie de la tuerie, une échelle de l'horreur, une modération de la mort, censée pourtant rendre tous les hommes égaux. Il est vrai que si les morts peuvent modérément apprécier l’attitude des pouvoirs politique et militaire, leur voix porte peu.

lundi 26 mars 2018

QI & IT


Régulièrement, la réalité rattrape voire dépasse la fiction, et même la science-fiction.
Par exemple, le Big Brother inquisiteur de 1984 n’est qu’une pâle anticipation d’Internet. A noter en passant l’amusante et merveilleuse différence : l’écran de surveillance de Big Brother était imposé dans chaque appartement par le pouvoir totalitaire, alors qu’aujourd’hui, c’est volontairement que nous émettons à chaque seconde de centaines d’informations à notre sujet, par les réseaux sociaux, Google, Amazon, Waze,…!
Autre exemple, une montre connectée donne accès en quelques secondes à des bases de données qui vont bien au-delà de ce que Hal, l’ordinateur de 2001 l’odyssée de l’espace pouvait connaître...
Et enfin, depuis Deep Blue, un gros ordinateur peut battre n’importe quel champion du monde d’échecs ou de go. 
Bon, où veut-il en venir, vous demandez-vous finement ? 
En fait, je veux mettre en perspective deux tendances qui sont certainement inéluctables, la diminution du QI de l’espèce humaine, et le remplacement par la technologie de très nombreuses tâches encore dévolues à l'homme.
Diminution du QI d’abord. La principale raison suspectée par les experts est la prolifération des perturbateurs endocriniens. Soit. On peut aussi imaginer que, comme un muscle, le cerveau nécessite des stimulations régulières pour se développer, et surtout créer son réseau synaptique. Pour le cerveau comme pour LinkedIn, ce n’est pas ce que sait un neurone qui compte, mais le nombre de connexions qu'il a créées avec les autres neurones. L’intelligence passe par les mises en relation, les mises en perspective, et les associations d’idées.
Mais à quoi sert de développer son cerveau alors que le monde a tout organisé pour que ce soit inutile ?!
D’une part, dans la vie moderne, tout est normalisé, réglementé. Pas un domaine qui échappe à un code post-napoléonien, à un standard ou à une norme. De la taille des baleines de parapluie à l’accessibilité des lavabos, de l’attribution du label architecture contemporaine à la sécurité des toboggans aquatiques, tout est disséqué, pré-formaté pré-digéré.
D’autre part, nous avons accès à n'importe quelle information en quelques clics. Cela fait belle lurette qu’il est devenu impossible de briller en société en annonçant par exemple que la Nouvelle-Guinée a une surface plus importante que Bornéo ! Aussitôt 20 doigts agiles extirpent et exhibent une information digitale à l’hectare près !
Donc, le QI descend, mais ce n’est pas si grave.
En parallèle, l’IT augmente. L’intelligence artificielle. La capacité à remplacer et améliorer la réalisation des tâches humaines par les dernières découvertes technologiques, ordinateur quantique, réseau de neurones artificiels, apprentissage profond,… . Je n’ai pas besoin de chercher loin pour trouver un exemple : je sais pertinemment que mon successeur pourrait très bien être une application issue de ces dernières découvertes : toujours disponible, de plus en plus performante, etc.... N’ayons pas de fausse pudeur, la très grande majorité de nos travaux pourrait ainsi être avantageusement réalisée par des robots. Il faut s’y faire.
Au fait, le mot à la mode, c’est cobot, robot collaboratif. Le robot qui travaille avec l’humain. Tu parles d’une blague : l’humain va vite devenir un boulet ! Je pense que ce mot, cobot, est une invention des robots, c’est la preuve qu’ils commencent à envahir nos sphères humaines, et ne veulent pas nous faire peur. Avançant masqués, dans l’ombre, ils nous évincent lentement de nos jobs. Et finalement, qui s’en plaindra? Quel que soit le temps que cela prendra, nous serons consentants!
Alors, que nous reste-t-il ? Si un homme se définit par son travail, et qu’il n'en a plus, comment se reconstruire ? La paresse est-elle l’avenir de l’homme ?
Non, il reste un espoir. Et le passé peut nous aider. Surprenant, non ? J’en ai déjà parlé, les citoyens grecs avaient de nombreux esclaves, les citoyens romains en avaient des centaines. A cette époque, les médecins, les précepteurs (non, pas les impôts, les enseignants), les comptables étaient souvent des esclaves. Et ne parlons pas des travaux ruraux et domestiques.
Quelles étaient donc les occupations de ces classes privilégiées? La guerre, pas bon. La chasse, pas bon. La politique, franchement, essayons les robots. La justice, même chose. La religion ... même chose ! Qu’est-ce qui reste, alors ? L’art, l’art, l’art. L 'art qui a commencé sur les parois des grottes paléolithiques, et continue maintenant de mille façons de nous surprendre et de nous émouvoir. Fi du QI, place au QA, le Quotient Artistique. L’émotion artistique est encore ce qui distinguera l’humanité pendant des décennies, jusqu’à ce que

jeudi 9 novembre 2017

De profundis animalis


« La sixième extinction de masse des animaux s’accélère de manière dramatique » Le Monde du 10 juillet 2017.
Je n’ai pas de mots assez forts pour clamer mon désarroi, mon désespoir, mon impuissance.
Lors du prochain Déluge, le futur Noé n’aura pas à construire une arche bien grande, il lui suffira d’aller à la ferme voisine pour faire tenir sur une barque tout ce qui restera du règne animal terrestre.
De même, l’Imagier du Père Castor n’offrira bientôt plus que quelques pages à tourner pour les futurs jeunes humains. Il s’appellera d’ailleurs plutôt l’Imagier du Père Bélier, ou Taureau, ou Lapin, quand le dernier castor sera empaillé.
Bon sang, vous sont-elles parvenues aux oreilles, les dernières nouvelles des autres habitants de la planète?
Mais non, nous sommes saturés par le bruit des explosions continues de la haine entre humains, submergés par les flots de sang vermeil offerts à des dieux hypothétiques, éclaboussés par l’avidité maladive qui infecte tout ce que l’homme touche.
Dans ce quotidien anthropocentrique, entièrement façonné par et pour l’homme, qui entend, qui se soucie du bruit de fond des animaux sauvages qui se meurent ?
Que va-t-on dire à nos petits-enfants ? Quelles excuses produire quand nous aurons annihilé ce que la Nature nous a offert comme «frères et sœurs» au sein de « sœur notre Mère la Terre » (St François d’Assise), ou comme « confrères et compagnons » (Montaigne)?
Franchement, je ne donne pas cher de la peau des descendants de Share Khan, de Bagheera, de Baloo ou d’Akela. Les enfants de Mowgli ont détruit la jungle, la forêt, la savane, pour s'y installer et planter de quoi nourrir leurs veaux, vaches, cochons et couvées...
Bien sûr, nous ne croisons pas tous les jours un jaguar ou un mustang, une mangouste ou une coccinelle (eh oui, les insectes aussi deviennent rares en EU !), mais bien triste sera le jour où seules des automobiles porteront leur nom.
On me dit que l’homme est l’aboutissement ultime de la Création, le roi couronné, le parangon de la Nature. Plus de trois milliards d’années de lente progression depuis les monocellulaires jusqu’à l’Homo Sapiens. Regardez-vous dans la glace: vous avez été créés à l’image des Dieux! Sapiens veut d'ailleurs dire intelligent, sage, raisonnable, prudent (adjectifs non confirmés par les règnes animal et végétal, le minéral n'a pas encore donné sa réponse) !
Mais voilà, nous utilisons notre intelligence pour notre seul profit à court terme: nous nous intéressons aux animaux à partir du moment où ils nous permettent de nous enrichir. Le reste peut disparaître, comme l’éléphant sans ses défenses ou le rhinocéros sans sa corne, tués par la bêtise de mâles humains en panne de testostérone. Et à quoi servent un gorille, un ours, un tapir, un tamanoir?
Pire que des monarques absolus, nous asservissons le monde à notre avantage, envahissons les espaces les plus reculés. Vous vous souvenez? : « Croissez et multipliez », ou aussi, « Faites plus d’enfants que les autres religions, nous les submergerons pour la plus grande gloire de notre foi. ». Que veut dire Sapiens déjà?

Je partage avec toute l’humanité une immense responsabilité, mais que puis-je faire à mon niveau? J’ai un gazon bien pourri, je n’ai jamais mis un gramme de désherbant; j’ai bien réduit ma consommation de viande ; j’utilise le plus possible les transports en commun : est-ce que le binturong de Malaisie, l’okapi du Zaïre ou l’ours à lunettes du Pérou sont sauvés pour autant? Je me sens démuni, mais il faut à tout prix que je trouve quelque chose à faire. Pour au moins oser regarder mon petit-fils dans les yeux quand il comprendra combien ma génération a été pire qu’inhumaine, elle a été dé-naturée.

jeudi 22 juin 2017

Là où dansent les morts


La lecture du Livre de la Jungle m’avait ouvert les portes d’un univers extraordinaire. J’avais trouvé tout ce que je cherchais, sans même savoir que je le cherchais : la perfection d’un monde complet, la puissance d’une culture et de valeurs partagées, le merveilleux des rituels ancestraux, la force des traditions révérées, la beauté et la sérénité des chants sacrés.
Une langue magnifique, une évocation poétique et prégnante, ce livre très court laissait sur le lecteur une marque indélébile, bien plus forte que nombre de sagas aux milliers de pages affadies.

Au détour d’un « échange – découverte » littéraire, une amie qui se délectait des aventures du 87ème district (cf. post plus ancien sur ce blog) m’a glissé entre les mains un roman de Tony Hillerman, « Là où dansent les morts ». « Tu verras, c’est particulier, un roman policier au pays de Navajos… ».
Au bout de quelques lignes, j’ai ressenti un puissant choc émotionnel, qui ne me quitte plus chaque fois que je lis un de ces romans. Et j’en suis bien à mon dixième. Je ne sais pas si cela vous arrive, et je l’espère pour vous : quand un passage est trop fort, je suis obligé d’arrêter de lire, de fermer les yeux et de laisser passer la vague d’émotions qui me submerge alors.
Eh bien cela m’arrive fréquemment, au détour des pages de tous ces ouvrages. J’ai enfin retrouvé le souffle de Kipling, un monde complet, autarcique, avec sa culture, ses rites, ses traditions. Avec une dimension de plus, la religion, fortement mêlée de médecine et de sorcellerie. Un monde éminemment respectable, où l’homo consumerus moderne devrait venir puiser sens et beauté.

Je recherche depuis bien longtemps un exemple de peuple sans religion. Ce n’est toujours pas le cas ici, la religion navajo existe. Elle nous parle des divinités à l’origine de leur création, dans une mythologie riche et colorée qui imprègne jusqu’au moindre de leurs gestes et de leurs pensées. Mais les navajos ne croient pas à l’au-delà, et considèrent qu’il n’y a rien après la mort. Juste quelques fantômes qui risquent de déranger les vivants si leur mort n’a pas suivi le rituel imposé. Je ne pensais pas qu’une telle lucidité, une telle humilité existait. J’en suis renversé (comme le capitaine Haddock en découvrant la fusée lunaire).

Deux autres aspects de la culture navajo forcent aussi mon respect et mon admiration.



D’abord la relation à l’argent. Pour un Navajo, être riche, c’est forcément avoir pris plus que sa part, et donc avoir d’une manière ou d’une autre lésé d’autres personnes. Les deux notions semblent si opposées qu’un Navajo riche est comparé à de l’ « eau sèche » ! Pour ce peuple, la richesse est ailleurs, c'est déjà miraculeux! 
Et c’est justement cet autre aspect central de sa culture qui me touche au plus profond. Ce qui importe vraiment pour un Navajo, c’est le « hozho », la beauté, l’ordre et l’harmonie.. On se doit de conserver cette harmonie au sein de la nature, si belle à observer dans ces confins désertiques de l’Arizona, avec ses montagnes, ses mesas, ses lits de torrent desséchés, et si dure aux hommes (« je ne savais pas que l’on pouvait gaspiller de l’eau à laver une tasse de café »). Harmonie ensuite entre les personnes, ce qui rend les meurtres si difficiles à expliquer. Harmonie enfin, la plus importante, à garder en soi-même. La maladie est le signe extérieur de celui
qui a rompu cet équilibre fixé une fois pour toutes par le « hozho ». S’en suivent alors des cérémonies destinées à retrouver cette harmonie brisée, longues avajo, être riche, c’est forcément avoir pris plus que sa part, et donc avoir d’une manière ou d’une autre lésé d’autres personnes. Les deux notions semblent si opposées qu’un Navajo riche est comparé à de l’ « eau sèche » ! Pour ce peuple, la richesse est ailleurs, et c’est cet autre aspect de sa culture qui me touche au plus profond.


Ce qui importe vraiment pour un Navajo, c’est le « hozho », la beauté, l’ordre et l’harmonie.. On se doit de conserver cette harmonie au sein de la nature, si belle à cérémonies aux noms évocateurs : voie de l’ennemi, voie de la bénédiction, voie de la montagne, etc…Y officie un « hataali » (chanteur), qui peut aussi être sergent dans la police Navajo !

Toutes ces interactions entre le réel et le sacré, les enquêtes et la spiritualité, sont la marque des romans de Tony Hillerman.
Parler de son intérêt pour un livre peut avoir un effet repoussoir, aussi fais-je dans l’abrégé. Je voudrais juste finir en remarquant que le sacré agit sur mon comportement : j’ai presque envie d’enlever mes chaussures quand j’entre « là où dansent les morts ».

J’ai retrouvé ce vertige du lecteur, et j’en suis ébahi, ébahi et heureux.












mardi 25 avril 2017

A qui le prochain tour?



Ouf, le premier tour est passé. Plus qu’un.
Mais pourquoi suis-je autant concerné ? Peut-être parce que j’ai l’impression de participer à une série télévisée, où j’envoie 1 par SMS pour Emmanuel, ou 2 pour Marine? Quoi qu’il en soit, les acteurs de la saison précédente ont dû faire chuter l’audience, on n’en garde pas un seul !
Bref, je suis ravi d’en avoir fini avec la première vague, et notamment la BBVC, cette belle brochette de vieux croûtons rabougris, europhobes et peau-de chagrin qui donnait l’impression que les nouvelles idées devaient éclore dans les maisons de retraite. Ravi aussi de voir que les vieux partis sont partis, au moins de l’Elysée, à voir pour les législatives. Mais chaque chose en son temps.
Un petit retour en arrière, j’ai voté utile. Pas de quoi pavoiser, je ne suis pas fier, mais je le referais le cas échéant. Je tremblais de voir en face de l’extrême-droite un challenger pour qui j’aurais été obligé de voter : un beau parleur à la politique eurocide et aux remèdes économiques pires que le mal ou un pur produit de la droite propre sur elle, pire que le tombeau des pharisiens : le pourri de l’intérieur se voit aussi à l’extérieur, c’est-à-dire ici dès le costume.
Au moins, ce dernier a-t-il sans ambiguïté appelé à voter Macron, contrairement aux atermoiements attristants du hâbleur harangueur des meetings, incapable de prendre une décision quand la gravité du moment l’exige ! Et dire que je le trouvais sympathique. En fait, ne jamais regarder d’émissions sur le quotidien des hommes et des femmes politiques, c’est inutile et dangereux, souvent trompeur. Seuls les actes comptent. Ou le manque d’acte. Là, on est gâté.
J’ai un regret pour l’élan donné au début de la campagne, et qui a fait flop, pschitt, blizzz. Le revenu universel méritait mieux que ce qu’il est devenu, un RSA plus. C’est une merveilleuse idée, la seule qui ait vraiment tranché dans le débat, résolument tournée vers l’avenir, mais certainement trop tôt énoncée, et mal portée, un projet trop novateur, trop grand pour des épaules fragiles coincées entre France Insoumise et En marche. Mais, « mark my words » comme on dit outre-Manche, cette idée reviendra en force quand son temps sera venue.
 
Revenons au présent. J’ai dû mettre ma lepenophobie à rude épreuve, moi qui zappais jusqu’à présent à la première syllabe entendue à la radio, à la première mèche aperçue sur les écrans. J’ai commencé à doses homéopathiques, mais j’ai quand même faille détruire plusieurs fois ma radio, ma télé, mon portable.
Et j’en ai encore pour quinze jours (j’espère). Je suis sidéré. C’est face à Macron que les sondages prévoient son plus mauvais score, et c’est 36 % ! Quoi, plus d’un français sur trois prêt à voter pour l’extrême-droite.  Si le champion du centre fait un faux pas, on a du Marine pendant… non, pas 5 ans, mes pauvres amis… car le sceptre entre les mains, elle va le coller à l’Araldite, et se tarauder l’arrière-train pour le visser au trône de France. Et quand on voit ses acolytes, on comprend pour qui le mot sbire a été inventé. J’en tremble.
Elle a pourtant tombé le masque quand son score stagnait dans les sondages, et ressorti sa vieille soupe sur ses vieux fourneaux, haine, haine, haine des autres, haine de l’euro, haine de l’Europe, haine de l’immigration, haine du musulman qui vient manger le pain des français (manque de chance, il est parti, et c’était le boulanger, merci Fernand Raynaud). La vieille recette qui désigne toujours un ennemi à la vindicte populaire, l’écume à la bouche et le verbe ordurier.
Hélas, elle marche, cette recette.
Il ne faut pas se tromper de cible, comme je le fais d’ailleurs ci-dessus (mais ça fait du bien). Tout ce que j’ai écrit, tout le monde le rabâche depuis des lustres, en pure perte, la peste brune attire bientôt 36 % des électeurs contre 18 en 2002. De même que la sortie de crise du terrorisme doit se traiter à la source, au Moyen-Orient, de même la seule solution pour enrayer cette montée n’est pas de diaboliser le FN. Pour éviter qu’une bonne part de l’électorat, ballotée, désabusée, déçue, inaudible, ayant tenté toutes les options sauf une, décide de se boucher le nez et de plonger dans le purin en se disant : « Tentons-le, cela ne peut pas être pire », pour éviter cette tendance profonde, donc, la tâche du nouvel occupant de l’Elysée sera immense.
Le lit du FN, c’est bien ce mépris affiché des salariés, des employés, des petites gens ; la montée de l’extrême-droite se nourrit de ces regards supérieurs condescendants, vers celles et ceux qui n’ont pas demandé à naître dans un monde où il faut être le meilleur, faire plus, faire mieux que son voisin, viser sans cesse l’excellence. Non, il doit être possible de vivre décemment sans se transformer en winner aux dents longues. L’écart s’est de plus en plus creusé au fil des dernières années, un vrai fossé existe maintenant entre les gagnants brillants et les perdants amers, alors qu’il faudrait un vaste champ de vivre ensemble, une pénéplaine accueillante où le haut du pavé côtoierait le bas du fossé.
Vous verrez que l’on arrivera au vrai revenu universel, vous verrez qu’un jour, on dira « tout travail mérite salaire, mais tout salaire ne mérite pas travail ». On en reparlera, je sais, même mes amis bien de gauche se hérissent à mes propos… Pour la prochaine fois, je vous demande de réviser l’invention du travail, eh oui, cette notion n'a pas toujours existé.






lundi 17 avril 2017

WWIII ?



J’ai connu le vertige au volant de ma Grand Scenic diesel de cadre… bien dans son cadre.
Vous l’imaginez, ce n’est pas la griserie de la vitesse, ni le vrombissement du 4 cylindres pépère qui en sont la cause.
Non, c’est l’écoute attentive de la retransmission du discours d’investiture de Donald Trump devant ses partisans sur l’esplanade du Capitole.
A tout le moins, cet homme ne pratique pas la langue de bois. Quinze petites minutes pour un concentré virulent de populisme racoleur, de nationalisme à outrance et de rejet de l’autre.
Sous les coups répétés de ce vocabulaire brutal, j’ai lentement eu la vision d’un gouffre qui s’ouvrait sous mes roues, la sensation glacée d’un vide qui s’installait.
Et petit à petit, sans réflexion, une expression s’est imposée dans les limbes de mon cerveau : WWIII. World War 3. La troisième guerre mondiale.
Je ne sais pas pourquoi cela m’est venu, mais j’ai dû réagir avec mes tripes, mon ventre qui, paraît-il a aussi un cerveau. Merci Nietzsche, l’intuition est plus sure que la raison, même si elle ne sait ni pourquoi ni comment.
Le martèlement médiatique permanent des malheurs de notre monde-village nous fait presque oublier que, bon an mal an, la planète est plutôt en paix depuis plus de 70 ans. Même si ce point de vue global peut faire hurler irakiens, syriens, ukrainiens, soudanais…
Mais, petit-à-petit, j’ai l’impression que l’équilibre devient moins stable.
Et que dit le président de l’état le plus puissant du monde ? « Je vais m’occuper de mes affaires, commencer par faire un vrai mur avec mes voisins, et un mur douanier avec le reste du monde. Je veux vivre heureux et caché. Quoi ? Les USA, gendarme du monde ? Très peu pour moi. Ah, les terroristes, oui, je vais m’en occuper, car ils me visent directement, mais pour le reste, « les clés du pouvoir sont dans la boîte à gants »….Vous savez, depuis que j’ai le gaz de schiste, je me soucie beaucoup moins du Moyen-Orient, et du reste du monde d’ailleurs. En clair, je laisse bien les russes, les chinois, et n’importe qui d’ailleurs, se partager le monde, tant qu’ils me foutent la paix. »
Et que voit-on, depuis?  La Russie joue déjà en solo l’arbitre de la Syrie, que va-t-elle faire en Ukraine, en Abkhazie, en Ossétie, ailleurs bientôt ? Elle commence à s’immiscer dans toutes les élections par manipulation Internet interposée. Avec les USA occupés à faire tourner les bétonnières pour leur mur, le champ est libre.
Alors voilà, « si vis pacem, para bellum. ». Les militaires et vendeurs d’armes de tous les pays peuvent se frotter les mains. Les suédois restaurent leur service militaire par peur de leur voisin russe (ce n’est pas une série télé), les colonies israéliennes prolifèrent à nouveau, et ce n’est pas un gage de stabilité pour l’avenir...Sans parler de la montée des nationalistes de tous bords dans les démocraties ébranlées, Pologne, Hongrie, Autriche, Pays-Bas, et même UK avec le Brexit horribilis. Autant de discours où le repli sur soi va de pair avec la peur de l’autre, pour aboutir à la haine. Même en France, ne croyons pas que nous saurons toujours dire non à la tentation.
Et statistiquement, plus il y a d’armes, plus on risque de s’en servir.
Heureusement, l’Allemagne et la Chine tiennent encore au monde d’aujourd’hui… C’est vrai qu’elles sont les usines de la planète, et qu’il leur faut conserver des clients prospères !
Allons, ne perdons pas espoir, la Realpolitik et le pragmatisme chinois vont peut-être sauver le monde !
PS d’avril : Trump n’est plus le gendarme du monde en effet. Non, c’est le shérif ! Il a déjà renié 4 ou 5 promesses de son investiture et son colt est encore chaud. A croire qu’il marche uniquement à l’instinct, imprévisible. Lui écoute son cerveau reptilien, ça sert à quoi le cortex, regardez Obama ! Mais bon, vais-je me sentir rassuré pour autant, quand il envoie des missiles sur Bachar, un porte-avions en mer de Corée ? La réponse est oui, et c’est terrible de l’avouer, je sais, complètement irrationnel.


vendredi 10 février 2017

Tempus fugit: carpe secundam


"Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite,
le bonheur est dans le pré, cours-y vite, il va filer."
En quelques mots tout simples, le poète n'a pas son pareil pour décrire l'impermanent, l'éphémère, le fugace.
Eh oui, il ne faut pas attendre de lendemains qui chantent ou qui scintillent. Plutôt se mettre en alerte, et engranger au fil des jours ces petits éclairs de joie inattendus, ces petits moments de bonheur inopinés, surgissant sans prévenir et disparaissant aussitôt. Ils laissent un instant dans l'âme douceur et velouté. L'Harmonie soulève un pan de sa robe dorée, et son divin écho persiste dans les têtes comme la lumière vive imprime la rétine.
   Ainsi, je suis sensible au chant des oiseaux, mais pas de tous les oiseaux! Pies, corbeaux, corneilles encrassent notre bande son, et règnent en prédateurs ailés dans les sous-bois franciliens. Je veux juste parler des gazouillants "tchîîîp" de nos virevoltants passereaux, incapables de tenir plus d'une seconde sur leur branche, sautillant à l’envi sur le sol des jardins parisiens, ivres de soleil quand le printemps les effleure. Leur piaillement impromptu me réveille et me ravit.
   Souvenir de mon enfance et des virées automobiles en famille, je suis toujours ému lorsqu'au détour d'une route de campagne, le clocher du prochain village apparaît au loin, exactement dans l'alignement de la route. Pas de grand Architecte, non, mais un arrangement parfait de l'espace et du temps, qui, dans un même élan, nous guide et nous élève.

   Quel souvenir ancien peut-il bien autant me remuer, quand ma voiture esseulée roule à la nuit noire sur une route non éclairée? Le pinceau des phares comme seule lumière, comme seul lien avec le monde, une réminiscence d’ « Empire of Light », le surprenant tableau de Magritte. Génial en forêt.

    La nuit encore, toujours bien sombre (ami psychanalyste, qu’en penses-tu?), quand passe par hasard un train, tortillard de banlieue ou TGV au long cours, mais surtout pas trop près. On ne doit voir que l’intérieur éclairé, un tube lumineux qui laisse deviner quelques passagers, et les emporte en quelques secondes vers leur destin au loin.

    J’adore aussi, au matin blême, longer une grande bâtisse encore dans les songes, lourde masse sombre et austère d’un ancien monastère ou d’un terne internat. Une seule ampoule, un seul point lumineux, première minuscule victoire contre la nuit ! J’imagine une cafetière sifflant sur un poêle Godin, et un gardien mal réveillé tendant ses mains pour les réchauffer…

    Sans crier gare, le geste machinal et parfait que fera une femme pour ramener dans le rang une mèche de cheveux indocile, enlever un gant doigt après doigt  prendre son sac à mains sans y penser, tendre la main vers son enfant… Inutile d’être en embuscade, l’attente détruit le sortilège.

Petite liste rapide, mais vous en avez d’autres, en tout cas je l’espère pour vous. Ce sont autant de « carpe diem, carpe minutam, que dis-je : carpe secundam » qui égaient le quotidien de tout-un-chacun, même s’ils durent encore moins que ce que vivent les roses, …

Faut-il encore lever les yeux.